Le réseau ferroviaire


Le tournant des années 1860

     A. DUBUC qui a consacré un article sur la ligne Rouen-Amiens nous apprend que les communes du Pays de Bray, « dans un premier temps plutôt réfractaires aux progrès techniques » changent d’avis. En 1866, elles pressent la compagnie d’ouvrir le tronçon vers Rouen même si la ligne n’est pas entièrement achevée dans l'autre sens, vers la Picardie. L’ouverture même partielle de la voie leur permettrait d’exporter la surproduction de pommes avant qu’elles ne pourrissent. En 1868, le conseil municipal du bourg cauchois de Luneray vote une participation de 40 000 F au projet de chemin de fer Dieppe-Yvetot à la condition qu’une station soit établie à Luneray et le plus près possible du marché. En bref, la campagne normande s’ouvre au chemin de fer à partir du moment où ses habitants s’ouvrent aux échanges.

Le convoi de Napoléon III
Des paysans saluent le train qui emmène en 1858
Napoléon III de Paris à Cherbourg
(source : le voyage de leurs majestés l'empereur et l'impératrice dans les départements de l'Ouest, août 1858
publié par L'Illustration).

    Le monde rural prend conscience de tous les avantages économiques procurés par le rail. Les productions agricoles s’exportent à moindre coût ; à l’inverse, le chemin de fer facilite les importations. Par exemple, les éleveurs normands reçoivent par wagons les bœufs à engraisser venus de la Mayenne ou du centre de la France. Engraissé, le bétail est ensuite envoyé vers les centres de consommations parisiens, accompagné de fromages et de beurre. Le train devient aussi idéal pour transporter la chaux et la tangue indispensables à la culture des terres froides et argileuses. A force de lire les comptes-rendus favorables des journaux, d’entendre la bonne opinion de leurs voisins sur le train, la population rurale se convertit au progrès. 

    Elle y trouve des intérêts autres que commerciaux : la facilité de se rendre à la ville voisine pour y rencontrer le médecin ou le notaire, pour y acheter des produits moins courants. Enfin, la construction du chemin de fer agit comme un bienfait dans les zones touchées par la crise du textile. Les chômeurs s’emploient sur les chantiers qui peuvent durer plusieurs années.

Hostilité ou indifférence dans les premières années ?La soif du rail à la fin du XIXe siècle