Le réseau ferroviaire


Les "Tortillards" (1880-1914)

     La Troisième République accentue l’effort en direction des masses rurales. Face à l’exode rural massif, le chemin de fer se présente comme un moyen de redynamiser la campagne par les échanges. Le ministre des travaux publics FREYCINET lance donc en 1879 un plan qui alloue six millions de francs sur dix ans à la concrétisation de 8000 km de voies ferrées (finalement neuf millions pour 16 000 km). L’objectif du plan Freycinet est par ailleurs d’intégrer la campagne, généralement hostile au régime, dans le giron républicain et de leur apporter l’idéologie du progrès.

La gare d'Etainhus, près du Havre
La gare d'Etainhus près du Havre. Deux époques s'y cotoient. A gauche, la grande ligne Paris-Le Havre terminée en 1847. A droite, la modeste ligne de tramway vers Saint-Romain-de-Colbosc construite en 1896

 
      Un problème surgit : si le train doit parvenir dans les zones rurales les plus profondes, comment assurer la rentabilité de ces petites lignes ? Quelle compagnie osera exploiter une entreprise clairement déficitaire, compte tenu du faible trafic attendu ? Une seule solution apparaît : la réalisation de voies économiques. Il s'agit plus précisément de voies étroites (1 ou 0,60 m de largeur au lieu de 1,44 m en général) installées sur la route ou sur les accotements, sur lesquelles circulent de petits trains. D’où le nom de tramways donné à ces trains ruraux bien que la locomotive quitte souvent la route pour couper à travers champs. Le tracé épouse le relief de manière à éviter les coûteux ouvrages d’art. D’où un itinéraire sinueux qui donnera le surnom de « tortillards » aux locomotives circulant sur ces voies économiques. Les tortillards étoffent le réseau initial en reliant les villes aux bourgs proches. Au passage, le rail serpente à travers les moindres villages ou hameaux pour les desservir. Cette dernière maille ferroviaire touche donc particulièrement le monde rural. Cependant, la première guerre mondiale stoppe la construction de nouvelles lignes. La longueur du réseau normand n’augmente plus (sauf par le doublement des voies d’intérêt local Condé-sur-Vire-Saint-Lô en 1920 et Londivy-Saint-Hilaire-du-Harcouët en 1921).

Les lignes d'intérêt local (1865-1880)Disputes autour des tracés