Pour ou contre le train ?


La soif du rail à partir de la fin du XIXe siècle

    La soif du rail grandit à la fin du XIXe siècle et au début du suivant. Les municipalités envoient des vœux pathétiques et répétés aux conseils généraux. Chaque village veut sa voie ferrée et sa gare. Incapables de satisfaire financièrement à toutes ces demandes, les conseillers généraux sont contraints d’établir un schéma de lignes prioritaires. En Haute-Normandie, les projets avortés se révèlent finalement plus nombreux que les réalisations.

La gare de Cormeilles (Eure)
Le bourg animé de Cormeilles était autrefois desservi par un tramway. Les habitants pouvaient ainsi se rendre jusqu'à la ville de Bernay


   Quand enfin le train devient réalité, les manifestations d’allégresse se multiplient : le 20 février 1898, l’inauguration solennelle de la ligne Fécamp-Dieppe donne lieu à Luneray à une fête pour laquelle sont requis musiciens et sapeurs-pompiers. Plusieurs salves d’artillerie sont tirées à l’arrivée et au départ du train, sous l’œil du conseil municipal rassemblé sur le quai. De même, l’inauguration de la courte ligne Montérolier/Buchy-Saint-Saens est ponctuée par l’aubade de la fanfare locale. Au terminus, la population se masse autour de la station. Les compliments, les remerciements fusent aux concepteurs de la voie. Le toast est porté à l’avenir prospère de la ligne et du canton. Un feu d’artifice conclue la journée. Le Journal de Rouen du 14 octobre 1900 note « la joie qui illuminait tous les visages » et « les acclamations qui retentissaient de toutes part ». A Bacqueville-en-Caux, il y a « affluence sur le quai de la gare et les bambins du bourg ne sont pas les derniers à s’approcher de la locomotive qu’ils inspectent consciencieusement » remarque le même journal le 26 avril 1913. Le train est ici un tramway.

    On perçoit très bien dans certains témoignages l’impatience suscitée par le transport à vapeur. Un habitant de Rolleville, près du Havre, Victor PETITPAS raconte : « le 14 avril 1896, le premier train de voyageur part de notre gare. Ce jour-là, apprenant qu’un train était en partance, les voyageurs qui venaient de Gonneville et allaient à Montivilliers par le vieil omnibus que des générations avaient vu passer dans un tourbillon de poussières, lâchèrent chevaux, bœufs et conducteurs ».

Le tournant des années 1860La guerre des noms de gare