Pour ou contre le train ?
Des mécontents et des grincheux
Inévitablement, l’établissement de voies ferrées a suscité la protestation de quelques paysans : « le chemin de fer coupe mon champ en deux » ou « je ne peux plus rejoindre ma parcelle parce que le sentier est barré par la ligne ». Mais il s’agit dans ces cas de plaintes particulières. Aucun risque de voir se former un bloc d’opposition à un projet ferroviaire. Les expropriations soulèvent parfois le même genre de problème. En 1866, l’entrepreneur de travaux publics de la ligne Glos-Pont-Audemer (Eure) rapporte devant le conseil des actionnaires : « de nouveaux chantiers vont être ouverts sur la commune de Glos, et le bon vouloir des propriétaires et fermiers à faciliter la marche des travaux est si grand que bientôt nous aurons la libre disposition des terrains depuis l’origine de notre ligne jusqu’à l’entrée du territoire du Pont-Audemer. Là seulement nous rencontrons de la part de quelques propriétaires des résistances qui nous paralysent… » (cité par A. CANEL, La voie ferrée de Glos-Montfort à Pont-Audemer, Evreux, Imprimerie C.F. Canu, 1869, p.61). Ces réticences ne sont pas sans rappeler celles qui apparaissent sur le passage d’une autoroute. Dans ces cas, il ne faut pas vraiment croire à une hostilité envers le chemin de fer en général mais cela signifie plutôt l’attachement de certains à leur propriété et à leur tranquillité.

Les journaux signalent quelques actes de sabotage ou de vandalisme sur
le chemin de fer. On pose des pierres sur la voie, on desserre quelques
tire-fond. Faut-il y voir le dernier sursaut des opposants au nouveau
moyen de locomotion ? Ou simplement avons-nous affaire à une bande de
voyous en manque d’amusement ou à des ouvriers du chemin de fer
congédiés? Nul le sait.
OZANAM reprochait en
1843 au chemin de fer Paris-Rouen de ne pas respecter la nature. Une
critique qui trouve écho plusieurs dizaines d’années plus tard : « le chemin de fer n’eut pas pour
Rolleville que des avantages. Il a défiguré le paysage »
raconte Victor PETITPAS au début du XXe siècle
(cité par G. DECULTOT, Au
Pays de Caux, Rolleville, des origines à nos jours,
L. Durand, 1968, p.129). Il barre les perspectives, les arbres tombent
pour lui laisser place. Les ouvrages d’art apparaissent comme des
verrues dans la campagne. M. MATHON, conseiller municipal de
Forges-les-Eaux, proteste que le viaduc prévu dans sa commune aura un
effet disgracieux. L’argument environnemental existe donc déjà au début
des années 1900.
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