Pour ou contre le train ?


Hostilité ou indifférence dans les premières années ?

    Au temps des premiers chemins de fer, les campagnes n'ont que faire de ce nouveau mode de transport qui intéresse surtout les industries. En effet, il permet d'abaisser les frais de transports pour les importations de matières premières et de charbon et pour les exportations de produits manufacturés.  Les habitants des campagnes sont plutôt préoccupés par le développement et l’amélioration des chemins vicinaux. Il n'est donc pas étonnant de voir que, dans la société de construction du chemin de fer Dieppe-Rouen, les ruraux détiennent moins de 1% des actions. En 1857, le bourg de Buchy (Seine-Maritime) ne fait aucune démarche pour obtenir l’embranchement entre la ligne Rouen-Amiens et la ligne Rouen-Dieppe alors qu’elle fait partie des communes proposées par les ingénieurs et que c’est pour le village l’occasion de devenir un important carrefour ferroviaire. Buchy et ses 28 cafés et auberges préfèrent conserver leur activité de roulage.

La foule devant un convoi emportant Napoléon III


      S’il y a désintérêt, il n’y pas forcément hostilité. Lors de l’inauguration de la voie Dieppe-Rouen en 1848, un journal rapporte que le train et les premiers voyageurs « sont salués sur tout le parcours par les vivats des habitants de chaque pays traversé ». A moins que le journaliste n’exagère ici l’enthousiasme de la foule.

   Mais la Normandie compte aussi quelques campagnes industrieuses dans lesquelles l'intérêt du chemin de fer est vite perçu. C'est le cas du Pays d'Ouche, qui connaît un nouvel essor de son industrie métallurgique depuis les années 1840. En 1853, les habitants de Rugles, d'Ambenay et de Bois-Arnault signent une pétition pour la réalisation d'une ligne de Conches à Sées. Celle-ci permettrait d'importer à moindre coût la houille et les différents minerais nécessaires à l'alimentation des hauts-fourneaux. Patrons et ouvriers s'allient dans ce projet de chemin de fer qui ne pourra que favoriser l'activité de la région et donc donner plus de travail.

Le témoignage d'un voyageur en 1843Le tournant des années 1860