Pour ou contre le train ?
La Guerre des noms de gare
S’il fallait une dernière preuve de l’attachement des populations à
leur train, il suffirait d’évoquer les innombrables demandes de gares,
d’arrêt ou de haltes, une fois le tracé défini. Dans son livre sur les
petits trains de Seine-Maritime, Henri BERTIN nous raconte l'anecdote
suivante. Après la construction de la ligne
Montérolier/Buchy-Saint-Saens, un hameau, le Pont de Thil, réclame un
arrêt car il se situe au bord de la voie. Un cultivateur effectue des
démarches auprès des deux conseils municipaux car le hameau se trouve à
cheval sur deux communes. Finalement, l’arrêt est décidé. On construit
un terre-plein pour les voyageurs avec une plaque écrite « le Pont de
Thil ».
Justement, les dénominations de
gares génèrent des querelles entre les localités riveraines. Si le
chemin de fer passe à quelques kilomètres du village, celui-ci essaie
de se consoler en obtenant son nom ajouté à la station la plus proche,
de préférence ajouté AVANT cette station voisine. Les municipalités en
référent aux compagnies qui donnent satisfaction ou non. A cause de ces
réclamations, une station du nord-est de la Seine-Maritime prit ainsi
les appellations suivantes : Callengeville, Les Essarts-Varimpré, les
Essarts-Varimpré-Callengeville, Bosc-Geoffroy-Varimpré, Bosc-Geoffroy
puis Les Essarts-Varimpré. Notons que le changement de pancarte se
faisait à la charge des communes obtenant satisfaction.
Au début du XXe
siècle, les communes encore dépourvues de voies ferrées se sentent
esseulés. Elles s’estiment des « oubliés du progrès » comme si le train
déterminait l’entrée dans la civilisation. La locomotive est
définitivement installée dans les mœurs. Elle fait partie de la vie
quotidienne des villageois.
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