Les chantiers


De la Gare à la simple halte

     Au-delà du plan classique, observons maintenant les variantes dans l'aspect des gares. Au niveau des matériaux, la brique est concurrencée dans le Pays de Bray par la meulière (une roche siliceuse du Bassin Parisien, généralement d’aspect blanchâtre) et en Normandie occidentale par les roches cristallines. En fait, comme les maisons, les bâtiments s’adaptent au sous-sol qui leur fournit la matière première. Les plus belles gares allient pierres calcaires et briques pour un ensemble polychromique d’un bel effet. Le style architectural reste sans originalité. On est surpris par exemple de ne pas voir des gares à pan de bois en campagne. 

La gare de Drucourt (Eure)
La minuscule gare de Drucourt (27) sur la ligne Bernay-Cormeilles. La commune comptait en 1880 environ 1000 habitants.


    Les gares rurales les plus importantes se distinguent par l’indépendance de la halle à marchandises par rapport au bâtiment des voyageurs. A proximité, se situe parfois un dépôt-atelier destiné à l’entretien et au remisage du matériel (les locomotives par exemple). La station balnéaire d’Etretat pouvait se vanter de disposer d’une gare aussi grande que celle de la ville voisine Fécamp. Le corps central à étage était encadré de chaque côté par une aile de quatre travées. Le dépôt pouvait accueillait jusqu’à huit locomotives. Un chariot transbordeur facilitait le chargement des wagons de marchandises alors que quatre plaques-tournantes permettaient de faire pivoter les engins d'un demi-tour.

    A l’autre extrême, la Normandie comptait des gares « lilliputiennes ». Prenons pour illustration la gare de Drucourt dans l’Eure sur la modeste ligne Bernay-Cormeilles. Elle se situait sur le bord de la route sur laquelle circulait le tramway. Dans un espace de six mètres sur trois environ prenaient place une salle d’attente, le bureau du personnel et une halle à marchandises. Le bâtiment de brique ne comportait pas d’étage. On a peut-être là l’une des plus petites stations normandes.

    Pour un village, posséder une gare constituait une fierté. Son installation amena quelques aménagements dans le village afin de la mettre en valeur. On élargit la route qui y mène accès et celle-ci reçoit pompeusement le nom de "rue de la gare". Peu peuplés, certains lieux du parcours ne disposaient pas d’une gare. Ils se consolaient d’une halte. Un poteau complété parfois par un abri en bois ou en maçonnerie, la signalait au conducteur du train. Les locomotives ne s’y arrêtaient que lorsqu’il y avait des voyageurs à débarquer ou à prendre.

Apparence de la gare-modèle