Le réseau ferroviaire


Disputes autour des tracés

     La concrétisation d'une ligne de chemin de fer s'avère souvent longue. Car il faut avant tout répondre à une épineuse question : par où doit passer le train ? Chacun soutient le tracé qui passe dans sa ville ou dans son village. Tous les projets donnent lieu à des conflits d’intérêt. On connaît la fameuse opposition à propos de la première ligne normande, Paris-Rouen. Il y a d’un côté les partisans de la "route d’en-haut", c’est-à-dire par les plateaux, et de l’autre les tenants de la "route d’en-bas", par la vallée de Seine. Les seconds l’emportent finalement en 1839.

    C'est surtout pour les lignes créées après 1865 que les discussions s'enveniment. Les municipalités normandes se déchirent pour bénéficier du nouveau mode de transport. Les pétitions s'accumulent sur les bureaux des administrations, les conseils municipaux rédigent des lettres implorantes aux décideurs. Tous les arguments sont bons pour faire fléchir les conseillers généraux. Telle municipalité estime que si le chemin de fer ne dessert pas sa commune, cette dernière ne survivra pas. Une autre déclare que le train doit passer chez elle car il y a beaucoup de trafic attendu. Les conseils généraux doivent constamment s’élever au-dessus des querelles de clochers et arbitrer un débat qui fera obligatoirement des déçus. En attendant l’adoption d’un tracé définitif, plusieurs années passent généralement.

La voie ferrée à Maupertus (Manche)
La voie ferrée Cherbourg-Barfleur sur la commune bien nommée de Maupertus (ce nom signifie le mauvais passage). La mine a été nécessaire pour percer la roche.



    Les difficultés d'ordre topographique interviennent peu dans la lenteur de la mise en place du réseau ferroviaire normand. En effet, le relief de la Normandie reste modéré. Les ingénieurs sont confrontés à des problèmes inférieurs au Massif Central ou à la Corse. L’État et les conseils généraux peuvent toutefois retarder certains projets qui leur semblent onéreux à cause du nombre d’ouvrages d’art nécessaires. Souvent l’administration s’est retrouvée devant un dilemme : choisir un tracé court mais jalonné de tunnels et de viaducs ou opter pour un tracé allongé mais qui évite les obstacles naturels.

    A la fin du XIXe siècle, les demandes en chemin de fer sont tellement nombreuses que les conseils généraux ne peuvent pas toutes les satisfaire. Leur finance ne leur permet pas. Les élus du département doivent donc établir des lignes prioritaires et freiner l’avance des autres projets. Pour prendre un exemple extrême, les liaisons cauchoises Ouville-Motteville et Gueures-Clères naissent dans les années 1910 alors que les riverains réclamaient le train depuis plus de 40 ans.

Les tortillards (1880-1914)L'extension freinée du réseau ferroviaire