Pour ou contre le train ?


Critiques et peurs à l'égard du tortillard

    Le tramway de campagne semble avoir créé des remous plus conséquents. Je le rappelle, beaucoup des dernières lignes construites sont réalisées à l’économie : les trains, de taille réduite, n’hésitent pas à emprunter des voies étroites posées sur la route ou la berme. Or c’est là que le bât blesse. Le docteur PERIER de Yerville dans le Pays de Caux mène en 1912 une campagne de presse dans le Journal de Rouen contre la ligne Ouville-Motteville. Les tramways emportent peu de voyageurs, ils sont constamment en retard et surtout dérangent les habitants de Yerville lors de leur bruyante traversée du bourg. Près de Saint-Romain-de-Colbosc, des habitants se plaignent de l’encombrement de la voie publique à cause de la machine. 

La traversée du bourg de Tôtes (Seine-Maritime)
Le tramway emprunte la rue principale de Tôtes (76). Il longe le trottoir. L'allure du train devait toutefois être très modérée


    Un ingénieur en chef de la Manche résume en 1878 les désagréments : « les communes rurales témoignent  une vive appréhension à l’établissement des trains à vapeur sur un chemin parcouru en même temps par des piétons, des bestiaux et des attelages ». En effet, on craint les accidents notamment entre un train et une bête. L’engin peut percuter une vache ; ce n’est pas pour rien que les paysans surnomment quelques fois les tortillards les « tue-vaques ». De même, un cheval risque de s’emballer, effrayé par le bruit du train roulant à côté de lui.

    Le conseiller général de l'Eure JANVIER DE LA MOTTE est aussi un adversaire du tramway. Certains de ses arguments nous font sourire mais ils ont probablement trouvé des oreilles réceptives parmi les gens des campagnes. Le bonapartiste déclare : « les machines, en longeant de près les maisons, les exposent en outre à des incendies qui se sont du reste produit ». La traversée du village soulève également des réticences parce que la fumée des convois noircit les façades, et que les murs des maisons se lézardent. C’est malheureusement le prix à payer si les modestes localités veulent un jour bénéficier d’une ligne ferroviaire.

Des mécontents et des grincheux